En ce jour du quatorze avril 1986, Mernis, comme tous les salariés de son secteur, une centaine environ, allait quitter son atelier de production « les Tubes » du Centre Montage-Camions. Mernis avait passé un peu plus de treize ans dans cet atelier où l’on fabriquait toutes sortes de pièces, comme les pots d’échappement, les traverses de cabines, les tubes à circulation d’air ou d’huile, pour ne citer que ces quelques éléments… Treize ans, depuis son embauche dans cette grande usine de quatre kilomètres carrés, située dans la région lyonnaise et où plus de quinze mille personnes étaient employées, à la fin des années soixante. Les travailleurs du Centre Montage-Camions, on les surnommait jadis « les durs », à cause des luttes obstinées qu’ils menaient pour faire aboutir leurs revendications. En démantelant le dernier atelier de production du Centre Montage-Camions, on avait mis fin, ainsi, à un symbole de cette usine. Autrefois, cent vingt véhicules par jour, de toutes catégories, sortaient de ses chaînes de production.

Après avoir délocalisé toutes les chaînes de montage, cinq ans auparavant, et reclassé  plus de deux mille personnes dans différents ateliers de production et diverses administrations au sein de l’Entreprise, la Direction de la Société décida de démanteler, à son tour, le dernier atelier restant : « les Tubes », pour le transférer dans le nord de la France. Personne ne se doutait que la Direction, en accord avec le gouvernement de cette époque, venait de déclencher, d’une manière imperceptible, l’anéantissement d’une usine, d’un empire industriel qui, depuis près d’un siècle, fabriquait des camions, des cars et des bus parcourant la France et le monde entier.

Les cigognes et le pigeon